Dès le 25 juin 2026, Leo Express, un opérateur de transport privé qui propose des services de transport de passagers par train et par bus en Europe centrale depuis 2012, lance une liaison ferroviaire transeuropéenne quotidienne entre l’Allemagne, la République tchèque et la Pologne, jusqu’à la frontière ukrainienne. Le trajet, long de plus de 1 300 km, reliera la ville polonaise de Przemyśl, située à la frontière avec l’Ukraine, à Francfort et son aéroport, en passant par Cracovie, Ostrava, Prague, Dresde, Leipzig et Erfurt.
Peter Köhler, PDG de Leo Express, explique dans un communiqué publié le 17 décembre dernier que cette ligne « supprime les barrières entre l’Europe de l’Ouest et de l’Est, reliant des centres administratifs, financiers et culturels majeurs ». Les billets, disponibles dès 10 euros, offrent des services à bord comme le Wi-Fi, des prises électriques, une restauration légère, la climatisation et d’autres commodités. À partir de janvier, des billets avec réservation de siège et une classe affaires seront proposés.
Il n’y a pas que le Shinkansen au Japon ! Le célèbre train à grande vitesse permet bien sûr de relier les grands centres urbains très rapidement, mais l’archipel compte également de très nombreux trains touristiques ou historiquesqui circulent sur les petites lignes du réseau. Autant d’occasions de découvrir une autre facette du pays et sortir ainsi des sentiers battus. Voici une sélection de cinq expériences ferroviaires qui prouvent qu’un autre voyage est possible !
Hojo Railway à Hyogo
Cette ligne locale longue de 13,6 kilomètres est l’une des plus petites du Japon encore en activité, mais aussi une des plus charmantes ! Située dans la préfecture de Hyogo, au centre-ouest de l’île de Honshu, elle dessert seulement huit gares. Reliant Ao à Hojomachi, elle traverse des paysages ruraux préservés. La petite cité d’Hojomachi est célèbre pour être la porte d’entrée pour des temples et des sanctuaires célèbres comme le sanctuaire Sumiyoshi et le temple Sagamiji, construits il y a environ 1 300 ans. Le long de l’ancienne route, de nombreuses et magnifiques maisons de marchands témoignent de la prospérité de cette époque. Exploitée depuis 1985, la petite ligne de chemin de fer permet de voyager à bord de matériels anciens, dont certains ont plus de quarante ans. On y cultive une certaine nostalgie ferroviaire dans les trains, comme dans les petites gares desservies…
Située dans la région du Chugoku, cette ligne locale permet de relier le célèbre sanctuaire shinto d’Izumo Taisha, l’un des plus importants du Japon, à la ville de Matsue. Longue de 42 kilomètres, elle offre de belles vues sur les montagnes et sur le lac Shinji. Les cinéphiles trouveront probablement un air de ressemblance entre l’intérieur des trains qui y circulent et celui emprunté par Chihiro dans le chef d’œuvre d’Hayao Miyazaki, Le voyage de Chihiro.
Setsugekka à Niigata
Ce train relie les gares de Jōetsumyōkō et Itoigawa, dans la préfecture de Niigata, toujours sur l’île d’Honshu. Circulant surtout pendant les week-ends et jours fériés, il offre aux voyageurs d’immenses fenêtres panoramiques – les plus grandes jamais installées sur un train au Japon. On ne rate ainsi rien du paysage… A bord, on est confortablement installé dans de larges fauteuils. Pour les plus gourmands d’entre vous , différents menus élaborés à partir d’ingrédients régionaux permettent de réaliser aussi un voyage gustatif !
Ce train touristique relie Osaka à la campagne de Nara, jusqu’au mont Yoshino. Composé de seulement trois voitures restaurées avec soin, il affiche une élégance rétro sans renier le confort moderne. Le temps qui passe à bord de ce train est comme suspendu. Les voyageurs peuvent se détendre dans ses sièges confortables, son bar lounge et dans son espace librairie. Opéré par la compagnie privée Kintetsu, le confort de ses voitures permet de profiter au maximum de la beauté des paysages traversés.
Le Shimakaze le prouve une fois encore : les Japonais savent créer des trains de luxe avec une vraie identité. Il relie directement les grandes métropoles de la région Kansai – Osaka, Kyoto et Nagoya – à la péninsule d’Ise-Shima. Composé de six voitures, notamment de deux voitures panoramiques à l’avant et à l’arrière permettent de ne rien rater de la vue sur la mer et les îles de la baie d’Ise. Le wagon-bar propose des spécialités locales particulièrement délicieuses, comme le bœuf Matsusaka, le homard d’Ise et les huîtres chaudes d’Ago. A déguster en profitant du paysage.
A l’occasion des fêtes de fin d’année, Ariette, le restaurant de l’hôtel Pullman Bercy Paris Centre, propose jusqu’au 9 janvier un menu spécial que l’on déguste à bord d’une voiture-restaurant Pullman reconstituée.
Jusqu’au 9 janvier, une expérience insolite se déroule au cœur de l’hôtel Pullman Bercy Paris Centre, un établissement situé tout près du Cour Saint Emilion. Ariette, son restaurant, propose aux gourmands de vivre un instant onirique. Chaque soir, un dîner gastronomique exclusif, pour 2 à 6 convives, est proposée dans cette ambiance ferroviaire qui cultive la nostalgie de l’âge d’or du chemin de fer. .Au-delà de l’assiette, c’est le décor qui se révèle exceptionnel : une reproduction d’une voiture-restaurant digne d’un train de luxe de la Compagnie internationale des Wagons-Lits, avec ses marqueteries, ses épais rideaux, ses tables luxueusement dressées. Des paysages de montagnes enneigées occupent l’espace des fenêtres factices et donnent de l’impression de voyager à travers les Alpes, alors que nous n’avons pas quitter le 12e arrondissement de la capitale.
Pour l’hôtel, cette offre permet de rendre hommage aux origines ferroviaires du groupe Pullman. Son créateur, George Mortimer Pullman a marqué l’histoire des chemins de fer en offrant aux voyageurs la possibilité de dormir dans un lit tout en voyageant en train. C’est à lui que l’on doit en 1865 l’invention du wagon-lit. Il a l’idée d’accrocher des voitures aux trains transcontinentaux américains permettant, moyennant, un supplément, de dormir sur un lit rabattable logé dans les parois au-dessus des sièges entourés de rideaux. Né le 3 mars 1831 à Brocton, dans l’État de New York. Il a commencé sa carrière comme menuisier et serrurier, mais il a rapidement réalisé le potentiel de l’industrie ferroviaire en plein essor.
George Pullman est un usager des chemins de fer. Pour ses affaires, il doit souvent se déplacer. Les trajets sont longs et particulièrement inconfortables. Il a l’idée de construire de nouvelles voitures de chemin de fer luxueuses et confortables. Les voitures Pullman étaient dotées de compartiments élégants, de lits et d’autres commodités pour offrir aux voyageurs une expérience de voyage révolutionnaire. Il créée un premier prototype : la Pioneer. Mais cette voiture est trop large, trop lourde pour le réseau existant. C’est l’assassinat du président Abraham Lincoln qui va changer la donne. Le cortège funéraire du président nécessitait un matériel roulant à la hauteur de l’évènement. La voie est complètement reconstruite entre Washington D.C. et Springfield, un nouvel écartement est adopté afin de permettre à la Pioneer d’être couplée au convoi. L’aventure des voitures Pullman peut enfin débuter.
George Pullman dans les années 1870. Crédit : Domaine public.
Le 22 février 1867, il fonde sa propre compagnie, la Pullman’s Palace Car Company. Bientôt, il est à la tête d’une flotte de voitures pour les trains de nuit confortables avec des convives, des coiffeurs, des bibliothèques et même des orgues d’église pour les services à bord. En 1897, l’entrepreneur visionnaire meurt, mais l’entreprise demeure. Elle devient en 1900 la Pullman Company, puis la Pullman Car & Manufacturing Co. et enfin, en 1934, la Pullman-Standard Car Manufacturing Company, nom qu’elle gardera jusqu’en 1982, dernière année de production. En 1987, l’entité est absorbée par le groupe Bombardier. Entre temps, la compagnie est devenue synonyme de confort aux Etats-Unis.
Au menu de ce dîner exceptionnel : amuse-bouche surprise, veau en raviole à la truffe et consommé « fausse tortue », queue de homard cuit à la braise, panais rôti de la Ferme d’Arnaud parfumé au sésame, pomme cuite au caramel et baies de maceron crème crue et confit de cassis. Le tout est proposé à 60 euros (80 avec l’accord mets-vins). Si vous voulez réserver, rendez-vous sur le site The Fork.
L’assurance d’un voyage réussi à bord des trains de nuit nécessite un petit peu de prévoyance. Voici 10 conseils pour s’occuper, trouver le sommeil et profiter de sa nuit dans le meilleur confort possible.
1. Bien choisir sa couchette
Le voyageur ferroviaire nocturne vit une expérience bien différente selon la place qui lui est attribuée. Place assise pour les uns, confortable couchette de cabine privée pour les autres… Et, entre ces deux extrêmes, toute une gamme de conforts différents, qui évolue selon les trains et les compagnies ferroviaires. Renseignez-vous bien au moment de la réservation pour éviter les mauvaises surprises.
2. Assurer votre confort
Si la plupart des compagnies proposent drap et oreiller aux voyageurs, vous gagnerez en confort en emportant votre propre coussin. Investissez dans un petit coussin à mémoire de forme, léger et compact. Vous pouvez également vous munir d’un drap sac à viande.
3. Ne pas oublier l’eau
Attention, l’eau distribuée par les robinets des trains n’est pas potable ! Pensez à remplir votre gourde – au moins une par membre de la famille ou du groupe – et à vous renseigner avant le départ auprès des agents pour être certain qu’il y a bien de l’eau potable disponible à bord.
4. Aider le marchand de sable
Entre les bruits des voisins, les annonces en gare ou dans le train et les différents sons émis par le train, il n’est pas toujours évident de trouver le sommeil. Équipez-vous de bouchons d’oreille pour étouffer en partie ces bruits parasites. Vous pouvez également emporter un masque de nuit pour vous endormir dans le noir complet.
5. Prévoir une collation
Il n’y a pas toujours de voiture-restaurant dans la composition des trains de nuit. Éviter la fringale en pensant à prendre quelques snacks pour la durée de votre voyage. Si votre train de nuit est opéré par la SNCF, vous pouvez commander un repas (dîner et petit-déjeuner) avant votre départ. restaurationabord.sncf.
6. Ménage et hygiène
Emportez avec vous une bonne dose de gel hydroalcoolique. Si vous rencontrez des difficultés à accéder à un point d’eau et à un savon, vous pourrez quand même vous laver les mains. Munissez-vous également de quelques lingettes désinfectantes pour éventuellement nettoyer votre tablette ou toute autre zone qui vous semble douteuse…
7. Préparez un petit sac pour la nuit
Afin d’éviter de vous plonger dans vos valises pour trouver votre brosse à dents ou votre chargeur de téléphone et ainsi de réveiller tous vos voisins, prévoyez un petit bagage où vous garderez tout ce qu’il vous faut pour la nuit.
8. Santé
Prévoyez une petite trousse de pharmacie avec du paracétamol, de l’antiseptique et des médicaments pour contrer la diarrhée, type Imodium. Des sachets de réhydratation peuvent également être bienvenus.
9. Sécurisez vos affaires
Sans tomber dans une paranoïa inutile, un petit cadenas posé sur votre sac permettra de vous endormir en toute tranquillité même quand vous ne jouissez pas d’une cabine privée. Il existe également des filets métalliques qui permettent d’éviter de voir son sac fouillé sur place.
10. Prenez un bon livre
Pas besoin de prise ou de chargeur pour s’occuper avec un bon livre. Selon la durée du voyage, on adapte la pagination. Pour les trajets les plus courts, on choisira un recueil de nouvelles. Pour les trajets les plus longs, on se lancera dans un roman au long cours. Pour une mise en abîme exaltante, on lira un roman qui se déroule dans un train de nuit… À l’instar du Crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie, de La Maldonne des Sleeping de Tonino Benacquista ou encore Paris– Briançon de Philippe Besson.
En Autriche, à 1 h30 de train de la gare centrale de Vienne, la ligne du Semmering est un monument ferroviaire exceptionnel. Elle est d’ailleurs la toute première ligne de chemin de fer de montagne à voie normale de l’histoire et est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998.
En 2024, l’Autriche est restée parmi les pays les plus visités au monde. Avec 31,9 millions de touristes, elle a pris la 12ᵉ place dans le classement mondial. La France a occupé la première place avec environ 89,4 millions de visiteurs. En été, la plupart des touristes se dirigent vers des villes comme Vienne, Salzbourg ou Innsbruck. En hiver, les amateurs de neige et de divertissement affluent dans les stations de ski des Alpes.
Pourtant, peu de touristes visitant l’Autriche savent qu’en étant à Vienne, ils se trouvent à seulement quelques dizaines de kilomètres d’un véritable chef-d’œuvre de l’architecture ferroviaire : la ligne du Semmering. C’est l’un des endroits préférés des Viennois eux-mêmes. Lors des journées chaudes, quand la température dans la capitale atteint 35 degrés, ils fuient vers ce col plus frais. Là-bas, il peut faire jusqu’à 10 degrés de moins, et le trajet en train depuis la gare centrale de Vienne dure seulement environ 1 h 30.
La pittoresque ligne du Semmering, avec ses majestueux viaducs, ses ponts et ses longs tunnels, a été construite entre 1848 et 1854. Elle s’étend sur 41 kilomètres et traverse un terrain alpin exigeant en haute montagne. Dès sa création, elle a été considérée comme l’un des plus grands exploits de l’ingénierie du XIXᵉ siècle. C’était la première ligne ferroviaire de haute montagne en Europe.
On estime que jusqu’à 10 000 ouvriers ont participé à sa construction – certains documents parlent même de 20 000. Le résultat de ce travail colossal, ce sont 15 tunnels, 16 viaducs et plus de 100 ponts.
La construction de cette ligne a eu un impact non seulement sur les transports, mais aussi sur la stabilité sociale pendant une période difficile. En 1848, une révolution éclate à Vienne contre l’empereur, la censure et le chômage. Grâce à l’emploi massif sur ce chantier, les tensions entre le pouvoir et les habitants de la monarchie des Habsbourg ont pu être partiellement apaisées. Malheureusement, les conditions de travail difficiles et le manque d’hygiène ont causé la mort d’environ 1 000 ouvriers.
La ligne a été officiellement inaugurée en 1854. L’empereur François-Joseph et son épouse, Élisabeth de Bavière – connue sous le nom de Sissi – ont eux-mêmes voyagé sur cette route à bord d’une locomotive spécialement conçue pour affronter les montagnes.
La zone de la Semmeringbahn commence dans la petite ville peu connue de Gloggnitz, située à seulement 436 mètres d’altitude. Après 29 kilomètres, la ligne atteint son point culminant à 898 mètres d’altitude. Elle se termine à Mürzzuschlag, un important nœud ferroviaire situé à 681 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Le lieu le plus souvent photographié sur la ligne du Semmering est le viaduc à deux niveaux de Kalte Rinne, un ouvrage d’art emblématique. Il mesure 184 mètres de long, 46 mètres de haut et son arc a un rayon de 190 mètres. Sa structure monumentale impressionne tellement qu’entre 1968 et 1989, elle figurait sur le billet autrichien de 20 shillings.
L’ensemble de la ligne du Semmering, ainsi que l’immense effort lié à sa construction, ont été inscrits en 1998 au patrimoine mondial de l’UNESCO – devenant ainsi la première ligne ferroviaire au monde à recevoir cet honneur.
Grâce à la construction de la ligne du Semmering, le paysage des localités environnantes a complètement changé. Cette région, autrefois difficile d’accès et presque oubliée, est devenue après l’ouverture de la ligne l’une des zones de villégiature les plus luxueuses près de Vienne.
Encore aujourd’hui, de nombreuses villes conservent des villas élégantes datant de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, qui témoignent de la splendeur passée de cette région.
Le Südbahnhotel à Semmering a accueilli ses premiers clients en 1882. Crédit : D.R.
Bien que la ligne du Semmering, serpentant magnifiquement à travers les montagnes, offre des vues spectaculaires, elle représente aujourd’hui un défi pour le transport moderne. Le trajet sur ce tronçon prend environ 45 minutes, ce qui est considéré comme relativement long.
C’est pourquoi, en 2012, la construction d’un nouveau tunnel de plus de 27 kilomètres a commencé. Ce projet vise à réduire considérablement le temps de trajet. L’achèvement des travaux est prévu pour 2030. Une fois le tunnel ouvert, le trajet devrait être raccourci jusqu’à 30 minutes. La réduction du temps de trajet facilitera la vie de plusieurs milliers de passagers par jour. Avec environ 180 trains quotidiens, il s’agit de l’une des lignes les plus empruntées en Autriche.
Le tunnel, appelé en Autriche le Tunnel de Base, a déjà été creusé. Actuellement, les équipes installent les rails, les câbles et les équipements techniques. Cela permettra de passer bientôt à la dernière phase : les tests. Ainsi, les travaux commencés en 2012 approchent de leur fin.
Ce chantier, considéré comme l’un des plus complexes d’Europe, mobilise jusqu’à 1 200 personnes. En ajoutant la phase opérationnelle et les sous-traitants, on estime que le projet a créé environ 11 000 emplois permanents.
Ce tunnel suscite un grand intérêt, car il réduira le temps de trajet entre Vienne (la plus grande ville d’Autriche) et Graz (la deuxième) de 2 h 37 à moins de 2 heures.
Les journaux autrichiens rapportent régulièrement les avancées du chantier. Les passionnés peuvent suivre la construction en direct grâce aux caméras installées sur place 24h/24. Un centre d’information a même été ouvert à Semmering pour présenter le projet. De temps en temps, des journées portes ouvertes sont organisées pour permettre aux curieux de voir l’évolution des travaux de leurs propres yeux.
Alors, si tu aimes les trains et que tu prévois un voyage en Autriche, n’oublie pas de faire un tour sur cette ligne pittoresque ! C’est une expérience unique qui combine histoire, génie technique et paysages magnifiques.
Jakub Matla
Tu veux découvrir encore plus de faits intéressants sur la Semmeringbahn et voir une carte des sites historiques aux alentours ? Visite le site austriabyoeffis.at !
Le Portugal a annoncé le 30 octobre avoir conclu un accord avec l’Espagne et la Commission européenne pour engager une série d’actions en vue du lancement d’une liaison ferroviaire directe entre Madrid et Lisbonne. Le projet prévoit un trajet en train en cinq heures à l’horizon 2030. Puis, quatre ans plus tard, une durée réduite à trois heures grâce à des trains à grande vitesse. Actuellement, il n’existe pas de relation ferroviaire directe entre les deux capitales qui sont reliées chaque jour par une quarantaine de vols les mettant à une heure environ l’une de l’autre.
Pour profiter des parcs naturels et des Rocheuses canadiennes, la traversée de Toronto à Vancouver à bord du Canadien mérite une étape à Jasper. Et en prolongement, s’il y a une expérience ferroviaire unique à s’offrir, c’est celle du Rocky Mountaineer, l’un des trains panoramiques les plus luxueux de la planète.
Cap vers Vancouver ! Partant de Banff, j’atteindrai la Hollywood du Nord dans 48 heures. Des bus spécialement affrétés par la compagnie du Rocky Mountaineer récupèrent les passagers dans les différents hôtels de la ville. Le rendez-vous est fixé à 7 h 00 du matin. Il fait encore nuit noire. Nous voici débarqués dans la petite gare : tapis rouge et accueil très VIP par une équipe de quatre personnes par voiture. Seul train, depuis 1990, à transporter des passagers sur ce parcours historique nommé « le premier passage vers l’Ouest », il emprunte la première ligne transcontinentale du Canada – la Canadian Pacific Railway – inaugurée en 1885 ! Nous sommes environ 350 passagers ; demain, d’autres voitures seront ajoutées pour transporter un total de 600 personnes ! Pas de couchettes à bord : l’escale pour la nuit est prévue à Kamloops. Il y a deux classes : golfleaf et redleaf. En première (goldleaf), la voiture supérieure comprend un dôme panoramique. C’est ici que nous allons passer environ 8 heures, installés dans de confortables fauteuils réglables, avec siège chauffant !
Après un petit-déjeuner premium servi dans la voiture restaurant, le voyage peut commencer. La journée s’annonce rythmée par une cuisine très soignée. L’équipe composée de Dory, Jerry, Holly Ann et Radka, veille à nos moindres envies : boissons à volonté (alcools et soft), snaking sucré ou salé. Très vite, circule le menu du déjeuner ainsi qu’une belle carte de cocktails et de vins. Parmi les cinq cocktail signatures, j’opte pour le dark and rocky (rhum, ginger beer, lime juice). Notre chef de bord est une guide chevronnée autant qu’une merveilleuse conteuse. Déjà dans sa lancée, le Rocky Mountaineer a dépassé l’Alberta et nous voici en Colombie-Britannique. Après la traversée des Rocheuses dont deux fameux tunnels en spirales, lacs et plaines défilent : le trajet s’annonce aussi éblouissant que vertigineux. Autour de moi, certains passagers lisent, d’autres prêts à zoomer portent autour du cou leur appareil photo ou selon les générations, gardent leur smartphone à la main. Nous nous sommes croisés à plusieurs étapes et je les reconnais : il y a d’une part, Joan et Lynn, des Américaines de Nashville avec lesquelles j’avais sympathisé pendant l’excursion à Jasper, et Chuck, originaire de Houston, qui a fait la première partie du voyage à bord du Canadien. Tout naturellement, nous décidons de partager la même table. À la carte, une entrée, deux plats et desserts au choix : « This is a fantastic gastronomic train luxury experience ! » s’exclame l’une mes voisines. L’escale pour la nuit est prévue dans un hôtel de Kamloops. À nouveau, des bus nous attendent à la descente de chaque voiture. Juste avant de nous indiquer les consignes pour le départ du lendemain matin, nos clés nous ont été déjà remises pour nous éviter toute attente. Arrivée dans ma chambre, je retrouve comme par enchantement ma valise. La classe d’un service premium ! Sans passer ni par la case du bar, ni par une visite de Kamloops by night, je rejoins tout simplement les bras de Morphée. Le départ de notre hôtel est prévu à 7h10. À 8h00, le Rocky Mountaineer cinglera vers Vancouver.
Après l’immense lac de Kamloops réputé pour ses esturgeons dont certains peuvent atteindre des tailles exceptionnelles, nous longeons le tracé sinueux de la rivière Thomson qui se jette dans le fleuve Fraser. Chaque lacet permet d’admirer la silhouette de notre train de 25 voitures. Mieux vaut évidemment – comme j’en ai la chance – être située parmi les dernières voitures. Ne risque-t-on de s’ennuyer à passer huit heures ainsi ? Que l’on soit contemplatif ou à tendance hyperactive, cette expérience du train panoramique est fabuleusement apaisante et en même temps, une activité à part entière qui sollicite tous les sens : circuler d’un étage à l’autre, échanger avec les passagers majoritairement américains, australiens et canadiens, profiter de la plateforme extérieure sans oublier l’étape gourmande à la voiture-restaurant ! Soudain, un pont. Puis un tunnel. Et encore un autre. En face de nous, une autre ligne et une route pour un alignement de voies et de voitures. Attention : survol d’un aigle ! De gauche à droite, les passagers-chasseurs d’images ne veulent manquer aucun temps fort : les smartphones restent sur le qui-vive. Sur les derniers kilomètres, peu avant à l’entrée dans Vancouver, j’achève le roman de Michel Jean, Kukum. Son héroïne Almanda, une jeune blanche qui a épousé un indien innu, voit les siens confrontés à la menace du progrès et à l’invasion du « monstre de fer » : « Je déteste leurs trains. Je déteste leurs voies ferrées, elles déchirent le paysage, leurs locomotives hurlent et puent. » Force est d’admettre que si pour le meilleur, cette aventure ferroviaire a permis de réunir les provinces du Canada, en modernisant tout le pays ; pour le pire, elle eut des conséquences terribles sur les Premières Nations du Canada, détruisant l’âme d’un peuple, en prenant leurs terres et en massacrant les forêts. Impossible de ne pas évoquer ce chapitre terrible de l’histoire du pays.
Il est 19 heures. De façon cérémoniale, toute l’équipe nous adresse un discours d’adieu, rappelant qu’à partir de mi-octobre, le train cessera de circuler. Ils partiront pour d’autres missions comme saisonniers, avant de reprendre leur poste pour la saison 2024 qui ouvrira à partir de mi-avril. Nous quittons notre vaisseau avec une pointe de nostalgie. Serait-ce déjà fini ? Comme me confie Chuck, mon comparse américain, en me saluant à la descente du train : « Chacun poursuit sa route. C’est ça le voyage ! ».
Dernière étape de mon odyssée : 24 heures à Vancouver
À la descente du Rocky Mountaineer, des bus nous acheminent vers nos hôtels respectifs. Le mien qui fait partie de la chaîne Fairmount est situé downtown car une fois encore, c’est un établissement du groupe lié à l’histoire ferroviaire du Canada. La Canadian Pacific Railway l’a fait construire entre 1928 et 1939. Et pour ne pas être dépaysée, j’apprends que le nouveau restaurant – Notch 8 – ouvert il y a un an, est inspiré dans sa décoration de l’esprit années 30 du voyage en train ! Si vous vous interrogez sur la signification de ce terme anglais : il fait référence à l’encoche 8 – vitesse maximale ! – du moteur diesel d’une locomotive.
Quoi faire en si peu de temps dans la Hollywood du nord ? Prendre le pouls du quartier Ouest de la ville et traverser cette forêt de gratte-ciels en voiture (ou sinon en bus Hop and Top), un mixe de bureaux et d’appartements résidentiels, puis l’incroyable China Town et ses vieux immeubles de briques datant de la fin du XIXe pour certains, longer la marina de Coal Harbour jusqu’au parc Stanley, en revenant par l’université de British Colombia et apercevoir West Vancouver. Enfin, à proximité de mon hôtel, il me reste deux visites incontournables à faire : la Christ Church Cathedral, construite en 1889, remarquable pour sa charpente en bois ; et la galerie-musée en hommage à l’artiste autochtone de la première nation haïda, Bill Reid (1920-1988). Cette galerie d’art expose ses œuvres ainsi que des artistes autochtones de la région du Pacific Northwest. Cette mise en valeur de sculptures, peintures et bijoux en exposition permanente, est enrichie d’œuvres d’artistes contemporains d’un art enfin réhabilité.
Florence Batisse-Pichet
Informations pratiques
S’il est plus simple de faire appel à une agence de voyages pour coordonner l’ensemble des réservations, voici les principaux sites. Notre recommandation est de faire appel à l’agence française spécialiste des voyages en train : www.discoverytrains.net.
• L’office du tourisme du Canada : travel.destinationcanada.com ; www.banfflakelouise.com ; ww.tourismealberta.ca ;
Pour les vols Paris-Toronto et Vancouver-Paris, vols directs Air France : wwws.airfrance.fr
• Pour connaître le détail des voitures et les tarifs sur le Canadien et le Rocky Mountaineer :
« L’important c’est la rose » chantait Gilbert Bécaud. On ignore si c’est en écoutant ce tube que le maire de Chédigny a eu l’idée d’associer le destin de son village à la célèbre fleur, mais en choisissant cette voie, il a changé le destin de ses administrés. C’est à Pierre Louault que l’on doit cette transformation. Celui qui a été maire de Chédigny pendant 40 ans a reçu une aide précieuse pour accomplir son projet, celle du célèbre rosiériste André Eve, disparu en 2015. Plantées aussi bien par la municipalité que par les habitants, les fleurs sont partout chez elles à Chédigny.
Un cercle vertueux s’est progressivement mis en place. Les fleurs attirent de nombreux visiteurs, ce qui permet l’installation d’artisans d’art et de commerçants. La population du village se développe à nouveau et l’école primaire reste ainsi ouverte. Ce combat a été récompensé par l’obtention du label “Jardin remarquable”. Chédigny a été le premier village à l’obtenir. Signe qu’on n’abuse pas ici des produits phytosanitaires, les massifs de fleurs accueillent une foule frénétique d’insectes butineurs – le miel produit localement est d’ailleurs un délice ! Aujourd’hui, les visiteurs s’enivrent du parfum de plus de 1000 pieds de rosier, de 400 espèces différentes. Parmi celles-ci, citons la « Petite coquine de Chédigny », née grâce au seul travail… des abeilles !
Jouxtant l’église du village, le Jardin de curé mérite également une visite. Traditionnellement un jardin de curé est un jardin clos où les plantes cultivées ont toutes une utilité. C’est essentiellement un jardin potager. Pour la messe, on plante aussi des pieds de vignes et quelques fleurs pour décorer l’autel. Des plantes médicinales y sont également cultivées pour soigner petits et grands maux.
A noter que plusieurs évènements se déroulent tout au long de l’année à Chédigny comme la Fête de la rose au mois de mai ou le Festival de bouche et de blues qui se tiendra cette année les 24 et 25 juillet. Au programme… du blues bien sûr et de la gastronomie avec des kiosques qui permettent de goûter une multitude de plats paysans en petites portions, façon tapas.
Comment y aller ?
Desservie par la ligne Tours – Loches, la gare de Chambourg-sur- Indre. Les trains du réseau Rémi autorisent le transport des vélos. Parfait pour rejoindre le village fleuri. Un trajet d’un peu plus de 15 minutes. Depuis Loches, le trajet dure 1 h.. Durant l’été, un service de car reliera Loches – Chédigny et Chenonceau avec plusieurs rotations chaque jour.
Il suffit de traverser la rame d’un train pour s’en convaincre : les nouvelles technologies sont omniprésentes. Pour ceux qui profitent de leur trajet pour travailler ou passer le temps avec un jeu vidéo, un film ou une série. Voici une sélection de gadgets pour tous ceux qui comptent sur leur téléphone portable, leur console de jeux ou leur ordinateur pour être leur meilleur compagnon de voyage.
1. Prise pour brancher deux casques
Regarder à deux une série ou un film sans déranger vos compagnons de voyage, c’est possible. Avec le câble doubleur stéréo Slim de 3,5 mm MUY1MFFADP de Star Tech vous pouvez dédoubler une prise de casque. Il s’insère facilement dans une prise de casque de 3,5 mm, même lorsque le lecteur se trouve dans un étui de protection.
Le sac à dos ordinateur Securipak 2.0 permet de transporter son ordinateur portable en toute sécurité, grâce un revêtement anti-déchirure, une poche RFID, qui protège vos cartes contre la fraude grâce à un bloqueur d’onde, et un compartiment principal accessible uniquement par le dos. Le sac intègre également un port USB.
3. E-Lostbag, une puce pour ne plus perdre ses bagages
La société suisse E-Lostbag GMBH, propose une étiquette électronique qui permet d’identifier ses bagages auprès de tous les acteurs du transport et du voyage. L’étiquette se colle à l’intérieur de la valise et rend votre bagage identifiable à vie, sans abonnement et illimité.
Afin de regarder sa série sur son téléphone portable sans avoir à le tenir ou à se tordre le cou, ne partez pas sans un support amovible. Celui développé par Akashi s’adapte à toutes sortes de surfaces. Avec sa compatibilité jusqu’à 6,9″ et son design orientable, il garantit une bonne visibilité en toute situation.
Anker propose toute une gamme de batteries externes pour éviter de tomber à court pendant le voyage. Il en existe dans tous les formats et à tous les prix. Les chargeurs portables 10 000 mAh les plus fins et légers du marché. Notre PowerBank recharge 2 fois un iPhone 15, 1,93 fois un Galaxy S23, et 1,23 fois un iPad mini 6.
Difficile de démêler prises, câbles de connexion et autres casques audio quand ils se sont transformés en une grosse pelote informe. Avec cette trousse Bellroy vous pouvez organiser les accessoires hi-tech de manière à ce que votre voyage se déroule sans passer 30 minutes à démêler vos câbles.Quatre coloris au choix.
Prendre le train entre Calcutta, la grande mégalopole du Bengale occidental, et Varanasi, l’ancienne Bénarès, une ville parmi les plus sacrées d’Inde, est un voyage dans l’espace, mais aussi un voyage dans une société indienne, formidable de complexité et d’une variété infinie de couleurs, d’odeurs et de visages.
L ‘arrivée en Inde sonne toujours comme un coup de poing. Les tout premiers contacts avec une grande ville indienne : la foule, la chaleur, une pluie de mousson qui transperce tout. Aucun doute : nous sommes dans un autre monde. Calcutta – Varanasi : deux villes séparées d’un peu plus de 700 kilomètres, aux caractères opposés. Calcutta, l’intellectuelle insoumise, et Varanasi, la mystique, présentent deux visages de l’Inde, un pays continent qui en compte encore beaucoup d’autres.
À Calcutta, dans le quartier de Barabazaar, vous vous confronterez à la diversité religieuse de la ville. Temple, synagogue, mosquée, cathédrale, église arménienne : les différents cultes ont trouvé ici leur place. Le quartier accueille un marché important et vous y goûterez aux joies du bain de foule. Alors que je m’y promène, un orage de mousson éclate, en quelques minutes l’eau est partout. L’averse est si forte qu’elle couvre le bruit de la circulation malgré l’usage immodéré du klaxon par tous les usagers de la route.
Calcutta porte toujours l’héritage du Raj britannique que les habitants de la ville se sont réappropriés. Une visite au Victoria Memorial le prouve. Conçu pour accueillir l’élite coloniale, le lieu est aujourd’hui résolument indien. Dans le parc autour du musée où trône une statue de la reine Victoria, les jeunes amoureux se font la cour un peu partout et des familles se promènent en les observant d’un œil discret. Ensuite, rendez-vous au cimetière anglais cernant l’église Saint-Jean de Calcutta, l’une des plus anciennes de la ville. Le lieu permet de s’extraire de la frénésie de la capitale bengalie et de se confronter à tous ces destins britanniques racontés en quelques informations lapidaires propres aux pierres tombales. L’ombre des arbres ondule sur les tombes et, à part quelques écureuils, aucun visiteur en vue. Le calme tranche littéralement avec le chaos bruyant de Barabazaar.
Calcutta, ville de contrastes
La vie dans la « Cité de la joie » n’est pas toujours une partie de plaisir. La nuit, des familles entières prennent possession des trottoirs et y camperont jusqu’au matin. Le flot de mendiants réclamant le bakchich est ininterrompu. Comme souvent en Inde, la pauvreté et le dénuement côtoient quotidiennement la richesse et le luxe. Ainsi, si Calcutta était à la pointe du combat pour l’indépendance, la ville n’en a pas moins gardé ces clubs de gentlemen, héritage britannique (au même titre que le cricket), où se retrouvent les hommes bien nés. On ne badine pas avec l’étiquette en Inde.
Calcutta c’est aussi une ville littéraire, de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature 1913, jusqu’à Arundhati Roy ou Vikram Seth. C’est également le berceau d’un cinéma d’auteur aux antipodes des productions de Bollywood. Calcutta est souvent agitée par de nombreux mouvements sociaux. Régulièrement des grèves et des manifestations paralysent des quartiers entiers. Dans le taxi qui me mène à la gare, je croise quelques protestataires qui, les poings et les dents serrés, agitent des pancartes devant des policiers impassibles armés d’impressionnants bâtons. Le face-à- face est tendu, mais déjà le taxi s’éloigne vers le train, vers Varanasi, sans que le chauffeur n’ait jeté le moindre coup d’œil sur les manifestants.
La gare de Howrah Junction est là, imposante. Elle ressemble à un étrange château fort de brique rouge. En ce début de soirée, le hall de départ et les quais de la plus grande gare indienne (et la deuxième la plus fréquentée) sont assaillis par les voyageurs en partance. Mon train, l’Amritsar Mail, s’ébroue enfin dans un grand craquement et laisse entendre la longue plainte des crissements des rails. Comme son nom l’indique, il rejoint en un peu moins de 40 heures, Amritsar, au Penjab, principal centre religieux du Sikhisme, à la vitesse moyenne de 70 km/h, une moyenne plus que respectable pour le réseau indien. Tractée par une locomotive électrique Wap-4, la vingtaine de voitures va traverser le Bihar avant d’entrer dans l’Uttar Pradesh, l’État de Varanasi, où je devrais arriver dans un peu plus de douze heures. Le temps de passer une nuit réparatrice dans la cabine de première classe que je suis parvenu à réserver – les réservations dans ces voitures partant souvent comme des petits pains.
L’Inde est un pays qui se visite en train. Le réseau est immense et les tarifs imbattables même lorsque vous voyagez en première ou en seconde classe avec des voitures climatisées. Efficace, plutôt confortable, le train rassure, tandis que l’expérience du bus indien est plutôt anxiogène, tant la route y est une jungle. On n’y manque jamais de chaï, ce thé lacté, épicé et sucré, véritable boisson nationale et surtout on ne s’y sent jamais seul. Entre deux voitures, on y tolère parfois les cigarettes et les rencontres fortuites. La grande fraternité des fumeurs fonctionne ici pleinement : un petit bavardage conventionnel, parfois un échange de tabac, puis des « bon voyage ! » et toutes sortes de politesses qu’on se dit lorsqu’on a peu de choses à se raconter.
Distance et vétusté du matériel, les voyages sont longs en Inde. Assez pour vivre une petite vie le temps d’un voyage : le trajet le plus long, entre Kanyakumari dans l’extrême sud et Dibrugarh dans le nord-est, s’effectue en plus de 80 heures ! Les journées y sont longues, parfois brûlantes, et les nuits souvent glaciales. Dans la voiture, beaucoup de familles, quelques routards fermement accrochés à leur sac à dos et des voyageurs de commerce, des rêves de réussite plein la tête. Vite, tout ce petit monde discute, échange des victuailles, se met à l’aise et déjà, un employé des Indian Railways vient déplier les couchettes. Et nous nous endormons, bercés par le lent roulis du train qui traverse les plaines désolées du Bihar. Quelques heures après, le jour se lève et doucement la plupart des couchettes s’agitent, c’est l’heure du réveil. Une procession de voyageurs, les yeux rougis par la fatigue, se dirige vers le lavabo en bout de voiture pour effectuer une toilette sommaire.
La campagne prend des teintes dorées, déjà des paysans sont accroupis dans leur rizière. Très vite, le soleil grimpe et devient implacable. Il écrase le paysage de chaleur. Et rappelle les mots d’Alberto Moravia dans L’Inde comme je l’ai vue : « La plaine indienne d’un vert pâle, trop clair, mélancolique, funèbre, baignée de brumes de chaleur, noyée dans un soleil malade, silencieuse, informe, irréelle. » Alors que j’arrive à Varanasi, le soleil est au zénith et, en quelques pas sur le quai bondé, je suis trempé de sueur.
A Varanasi, la ferveur commence à la gare
La gare de Varanasi Junction, aussi nommée Varanasi Cantonment (Cantt.), présente une étrange architecture, c’est une drôle de bâtisse en stuc jaune et rose. Dans la gare, sur les quais, le chaos resplendit. L’armée des porteurs de bagages, des rabatteurs et des chaï wallas (marchands ambulants de thé) se mélangent aux pèlerins, aux sâdhus, aux yogis aux robes safran et à quelques hippys aux visages christiques. Nombreux également sont ceux venus chercher les vertus curatives des eaux du Gange et toutes les variantes du boitement rythment le lent flot des passagers. La gare est une véritable cour des miracles ferroviaire.
D’abord nommée Kachi, puis Bénarès, Varanasi est l’une de plus vieilles villes du monde toujours habitées. Depuis plus de 3 000 ans les pèlerins se perdent dans ses ruelles, descendent les marches qui les séparent du sacré et rêvent de mourir ici même dans la promesse d’en finir avec le cercle des réincarnations. Le temps ne semble pas avoir de prise ici. La modernité s’est arrêtée aux ampoules colorées et aux sonos survoltées des temples. Entre les vaches sacrées et des sâdhus déambulant à moitié nus, le corps couvert de cendres dans des rues perpétuellement encombrées, il n’est pas évident de se frayer un chemin. À chaque pluie de mousson, les venelles sont inondées et partout flotte détritus et excréments.
Les Ghâts (littéralement les marches) qui mènent au Gange sont au centre de la vie de la cité qui en compte 77. Lieux de prières, de crémations, l’action est la plupart du temps religieuse. La ferveur déborde largement des multiples temples de la ville et partout de petites échoppes vendent des images pieuses et des offrandes. Le fleuve enregistre des records de pollution à Varanasi, ville où les Hindous viennent mourir dans l’espoir d’accéder directement au nirvana. L’eau du Gange est pour eux sacrée et tous les jours, ils sont près de 60 000 à s’y baigner. Une série d’études a constaté que la présence de matières fécales dépassait de 250 000 fois les normes préconisées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Alors évitez d’imiter ces pèlerins qui dès l’aube pratiquent leurs ablutions dans une quasi-extase mystique. Il existe ici une profondeur mystique que nos sociétés matérialistes ont depuis longtemps oubliée. Déjà, Pierre Loti notait au siècle dernier cette vérité : « Sur les mystères de la vie et de la mort, les sages de Bénarès détiennent des réponses qui satisfont le mieux à l’interrogation ardente de la raison humaine. »
Cérémonie lumineuse sur un Ghât bondé. Crédit : M.E. Bonnet
Le goût de l’Inde reste longtemps en bouche. Lumières, visages, odeurs subsistent longtemps après avoir quitté le pays. L’Inde ne laisse personne insensible. Certains visiteurs ne supportent pas ce qu’ils y vivent. D’autres ne jurent que par cette folie enveloppante. D’autres encore mêlent ces deux sentiments et heureux d’en partir, se promettent peu après d’y revenir. Une chose est sûre, on en revient transformé. On ne « fait » pas l’Inde, c’est l’Inde qui vous fait. L’écrivain britannique Rumer Godden, qui dirigea longtemps l’école de ballet de Calcutta, nous aura prévenus : « Une fois que vous aurez senti la poussière de l’Inde, vous ne vous en libérerez jamais. »