Catégorie : Insolite

  • Insolite ! 7 ponts et viaducs hors norme

    Insolite ! 7 ponts et viaducs hors norme

    Les viaducs et les ponts ferroviaires ont transformé le paysage des villes, comme celui des campagnes. Ils franchissent les vallées, dominent les fleuves et les villes. Certains d’entre eux sont devenus de véritables monuments. Voici une sélection de ces ouvrages d’art à visiter aux quatre coins de la France.

    Pont de la Mariée (06)

    C’est un fait divers nimbé de mystère qui a donné son nom à ce pont ferroviaire… Construit au début du XXe siècle pour permettre au tramway qui reliait Pont de Geydan à Guillaumes de franchir les Gorges de Daluis, le pont de la Mariée a été baptisé ainsi après qu’une jeune mariée soit tombée du pont. Le 30 juillet 1927, celle-ci est arrivée à Guillaumes en compagnie de son mari à bord d’une belle voiture américaine.

    Le jeune couple désire visiter les gorges en fin de journée. Ils s’arrêtent sur le pont du tramway pour admirer la vue sur les gorges. La jeune mariée fait alors une chute de 80 m. Certains témoignages jugent le comportement du mari suspect, mais la thèse de l’accident est finalement privilégiée. Le mystère persiste pourtant, porté par la rumeur.

    Le pont ferroviaire ne voit plus passer de tramways, mais il est devenu une véritable attraction touristique. Les amateurs de saut à l’élastique de la région de Nice connaissent bien le site. Les promeneurs venus admirer l’impressionnant paysage des Gorges de Daluis à partir du viaduc peuvent en profiter en toute sécurité !

    C’est un tramway qui circulait autrefois sur le pont de la Mariée. © Mossot – Wikimedia Commons

    Viaduc de Rouzat (03)

    Cet ouvrage d’art est l’un des premiers à avoir été inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1965, aux côtés de ceux de Garabit et de Neuvial. Un hommage au génie Gustave Eiffel, maître d’œuvre de ces trois monuments ferroviaires.

    Depuis 150 ans la silhouette du viaduc de Rouzat domine le paysage de ce coin de l’Allier et permet de franchir la Sioule. Construit par la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans pour réaliser une section de la ligne de Bordeaux à Lyon qui doit alors passer par le nord du Massif central. Déclarée d’utilité publique en 1861, la Compagnie charge Wilhelm Nördling, son ingénieur en chef depuis 1863, de concevoir la ligne Commentry -Gannat.

    Eiffel est chargé d’édifier le viaduc, l’un de son tout premier ouvrage d’art. Le chantier est achevé en 1969 et la ligne est inaugurée en 1871. Nördling, d’origine allemande, ne participera pas aux festivités… Bien que naturalisé par décret impérial, il quitte la France quand la guerre franco-allemande de 1870 éclate. Par la suite, il deviendra le directeur des Chemins de fer autrichiens.

    Viaduc de Rouzat et les eaux de la Sioule. Crédit : © Patrick Boyer – Wikimedia Commons

    Pont Séjourné (66)

    Avec le pont Gisclard, le viaduc Séjourné est l’un des ouvrages d’art les plus remarquables parmi les quelque 650 que compte la ligne de Cerdagne… sur un tracé de 62 kilomètres ! Située dans les Pyrénées-Orientales, cette voie métrique a été ouverte par étapes sous la direction de l’ingénieur Jules Lax de la Compagnie des chemins de fer du Midi entre 1910 et 1927.

    Elle permet au célèbre Train jaune de relier Villefranche-de-Conflent à la Latour-de-Carol-Enveitg. Edifié en 1907-1908 par le célèbre ingénieur Paul Séjourné, spécialiste des grands ponts en maçonnerie. L’ouvrage d’art qui porte son nom s’élève sur la commune de Fontpédrouse demeure l’une de ses œuvres les plus célèbres. Ce pont à deux étages de plus de 235 m. de long permet de franchir la vallée du Têt.

    La partie centrale est cernée par deux piles carrées, décorées en leur sommet de créneaux. À l’étage inférieur, un grand arc ogival, d’une ouverture de 30 m, domine les eaux tumultueuses du torrent de montagne.

    Le pont Séjourné, l’un des monuments de la ligne de Cerdagne. Crédit : © Thierry Llansades – Wikimedia Commons

    Viaduc de Viaur (12)

    Conçu par Paul Bodin, ingénieur en chef de la Société de construction des Batignolles (aujourd’hui SPIE Batignolles), le viaduc est une prouesse technique. En effet, l’ingénieur albigeois a utilisé une technique unique : les arcs du pont se rejoignent en une clé articulée qui n’est pas soudée. C’est la dilatation de l’ouvrage en fonction de la température et le poids des trains qui permettent aux arcs de se rejoindre complètement et de soutenir le tablier.

    Le viaduc de Viaur est le seul pont de ce type en France. S’élevant entre le Tarn et l’Aveyron, c’est l’un des trois ouvrages métalliques les plus importants du XIXe siècle en France avec le viaduc de Garabit et la Tour Eiffel. Avec ses 116 mètres de haut et ses 460 mètres de long, il constitue un monument de la révolution industrielle et de l’ingénierie du début du XXe siècle. L’ouvrage est, le jour de son inauguration en 1902, le plus long arc métallique jamais construit.

    Partie haute du viaduc de Viaur. Crédit : Jean-Jacques Lasmolles – Wikimedia Commons

    Viaduc de Chaumont (54)

    Accessible depuis la gare de Chaumont, après une petite marche de 10 minutes, le viaduc de Chaumont enjambe la vallée de la Suize. Avec ses 654 mètres de long, ses 52 mètres de haut et ses 50 arches réparties sur trois étages : l’ouvrage d’art impressionne !


    Conçu par l’architecte Eugène Decomble pour la Compagnie des chemins de fer de l’Est, l’ouvrage d’art a été construit pour permettre au chemin de fer de desservir la partie haute de la ville. Sa mise en service a assuré le développement économique du chef-lieu. Le 31 août 1944, un sabotage de l’armée allemande détruit partiellement l’ouvrage. Il est reconstruit dès la fin de la guerre pour rétablir la circulation ferroviaire.


    Aujourd’hui, le viaduc est devenu un monument emblématique de la ville. Depuis 2012, il est mis en valeur par 430 projecteurs installés au bas de l’ouvrage et dans ses galeries. La nuit tombée, il offre alors un spectacle saisissant.

    Le viaduc de Chaumont enjambe la vallée de la Suize. Crédit : Zairon – Wikimedia Commons

    Viaduc de Daoulas (29)

    Pont ferroviaire de la ligne de Savenay à Landerneau, le viaduc de Doualas domine la campagne bretonne depuis le 16 décembre 1867. Inauguré après deux ans de travaux, l’ouvrage d’art permet alors de voyager jusqu’à Brest.


    La construction du viaduc de Daoulas s’est poursuivie de 1860 à 1866 sous la responsabilité de l’ingénieur Louis Philippe Croizette-Desnoyers, qui a supervisé la construction en Bretagne de 800 kilomètres de lignes de chemin de fer, de 35 ponts et 8 tunnels ! Avec ses quinze arches, il permet à la voie ferrée de traverser la vallée de la Mignonne. Pour admirer ce beau viaduc entouré d’un paysage des plus bucoliques, il faut prendre un bus à partir de la gare de Brest ou de celle de Quimper. A partir du Moulin du Pont (musée de la Meunerie), une boucle d’une heure le long de la Mignonne, rivière de Daoulas, permet de rejoindre l’imposant viaduc. Le sentier est balisé.

    Le viaduc de Doualas. Crédit : © Henri Moreau – Wikimedia Commons

    Viaduc de Garabit (15)

    On ne présente plus le viaduc de Garabit, véritable monument ferroviaire signé Gustave Eiffel qui permet à la ligne de chemin de fer de franchir les gorges de la Truyère. Le vénérable ouvrage d’art célèbre cette année les 140 ans de sa construction, achevée le 17 septembre 1884. De nombreuses animations sont prévues à cette occasion pendant près de neuf mois, avec en point d’orgue, une grande fête organisée au pied du viaduc le 21 septembre prochain.

    Edifié sur la ligne Béziers – Neussargues par Eiffel et Cie pour la Compagnie du Midi, l’ouvrage d’art mesure 565 m de long et domine la rivière de 90 m. Classé au titre des Monuments historiques (MH) depuis le 15 septembre 2017 (il bénéficiait déjà d’une inscription depuis 1965), pour son caractère emblématique dans l’œuvre d’Eiffel et comme un majestueux témoin l’histoire industrielle, le viaduc de Garabit devient lors de son inauguration le plus grand ouvrage métallique de la planète. En permettant aux trains de franchir la vallée de la Truyère, le viaduc a permis de désenclaver toute une région et offrir de nouveaux débouchés.

    Le viaduc de Garabit franchit la Truyère. Crédit : © H-Vidal
  • Pour éviter les accidents, les chemins de fer sri-lankais s’adaptent aux éléphants

    Pour éviter les accidents, les chemins de fer sri-lankais s’adaptent aux éléphants

    Bonne nouvelle pour les associations qui luttent pour la protection de la riche faune du Sri-Lanka et des nombreux éléphants présents un peu partout dans le pays d’Asie du sud. Les chemins de fer sri-lankais ont annoncé il y a deux mois qu’ils allaient adapter les horaires de leur trafic nocturne en prenant compte ceux des promenades des éléphants et éviter ainsi une collision dont les conséquences peuvent être importantes pour le matériel, mais surtout fatales pour l’animal. En février, sept pachydermes ont ainsi été tués.

    Ces aménagements seront mis en place sur des portions de lignes qui traversent des forêts où les éléphants sauvages sont particulièrement nombreux, notamment dans le nord et l’est du pays. Des arbustes ont également été arrachés sur les côtés des voies pour donner une meilleure visibilité aux conducteurs de trains. Des lampadaires à énergie solaire sont installés pour éclairer les voies ainsi que des détecteurs de mouvement pour alerter les machinistes.

    Les éléphants sont régulièrement percutés par des trains. 138 d’entre eux auraient été tués depuis 17 ans dans le pays lors de ces collisions.

  • Patrimoine : sur les traces de 4 utopies ferroviaires

    Patrimoine : sur les traces de 4 utopies ferroviaires

    L’histoire des transports compte de nombreuses aventures sans lendemain. Voici quatre projets mort-nés dont les vestiges sont toujours visibles et qui constituent aujourd’hui un patrimoine insolite.

    L’Aérotrain

    Un long rail de béton surplombe toujours la Beauce parallèlement à la voie ferrée de Paris à Orléans. Ce « monument » est l’ancienne piste d’essai de 18 kilomètres construite près de Saran pour tester les capacités de l’Aérotrain. Inventé par l’ingénieur français Jean Bertin, l’Aérotrain avait une ambition : devenir un système de transport léger et rapide pouvant concurrencer l’avion. Développé dans les années 1960 et 1970, le concept de base reposait sur un système de coussin d’air à soufflerie, permettant au véhicule de s’élever réduisant ainsi la friction et permettant des vitesses plus élevées que celles atteintes par les trains conventionnels. L’Aérotrain de Bertin était alimenté par un moteur à réaction, ce qui lui permettait d’atteindre des vitesses élevées.

    Le prototype Aérotrain 02 a effectué ses premiers essais en 1969. En 1974, il a établi un record de vitesse en atteignant près de 430 km/h. Malgré ces succès, le projet se heurte à des questions financières et des préoccupations liées à la sécurité. Le décès en avril 1974 du président Pompidou, fervent défenseur de l’Aérotrain, marque un tournant. Valérie Giscard d’Estaing, son successeur, décide de ne pas poursuivre l’aventure. Il préfère un projet de train à grande vitesse conventionnel : le TGV !

    En 1977, le gouvernement met fin au financement du projet. La piste d’essai est en grande partie démantelée. L’Aérotrain de Bertin reste un projet inachevé. De cette utopie, reste l’imposant vestige de la Beauce et le souvenir d’une aventure industrielle, symbole d’une époque où les ingénieurs convoquaient le futur. Ainsi, la revue Fiasco a érigé l’Aérotrain en monument de l’échec pour son premier numéro publié en janvier 2023 : « Une ruine moderniste en pleine terre de Beauce. Une vanité contemporaine. Le ratage prophétique de cette matrice pour un programme de « pays utile » qui propulse le monorail vers l’objet de culte, mémorial et autel du ratage. »

    L’ancienne piste d’essai de l’aérotrain domine toujours la Beauce. © En train

    Funiculaire de Super-Cannes

    Loin de la frénésie clinquante de la Croisette, les hauteurs de Super-Cannes, dominant le quartier de la Californie, profite du plus grand des calmes. Initiée par la Société immobilière de Paris et du littoral, la construction du funiculaire se déroule de 1925 à 1928. C’est la Société Ceretti et Tanfani qui est chargée de construire les gares de départ et d’arrivée du funiculaire. André Capron, maire de Cannes et Yves Le Trocquer, ministre des Transports de l’époque, participent à la cérémonie d’inauguration le 27 janvier 1928. Cette infrastructure permet alors de désenclaver la colline de Super-Cannes et dessert une auberge et un observatoire toujours bien visible depuis l’ensemble de la région. Rapidement, de nombreuses villas sont édifiées sur la colline, leurs habitants profitant d’une magnifique vue panoramique sur la baie de Cannes. La ligne grimpe depuis la gare inférieure, (10, avenue Val Vert), sur 850 mètres à travers le vallon des Gabres. La gare de départ et la gare d’arrivée ont été édifiées dans un style néo-provençal et constituent aujourd’hui un patrimoine en danger. Le funiculaire n’a qu’une seule voie à crémaillère.

    Dans les années 1960, l’avènement du tout automobile creuse la tombe du funiculaire, délaissé par les habitants de Cannes et par les touristes. Une usure des mâchoires de sécurité entraîne la fin de son exploitation, qui s’achève définitivement en 1966.
    En 1989, les 24 000 mètres carrés de terrains supportant les installations de l’observatoire, du restaurant, de la ligne du funiculaire et de ses deux gares sont vendus à la famille de l’émir d’Abou Dabi, Khalifa ben Zayed Al Nahyane. La municipalité délivre même en 1993 un permis de construire pour l’édification d’une villa de 1 200 mètres carrés reliée à la gare de départ du funiculaire par une voie privée. Mais, le tribunal administratif annule le permis en 1994 car la voie empiète sur le domaine public. Depuis, l’ensemble est à l’abandon… Aujourd’hui, l’immense site offre quelques belles promenades.

    La nature avale doucement l’infrastructure du funiculaire de Super – Cannes. Crédit : © En train

    Mini-métro de Noisy-le-Grand

    C’est l’histoire d’un rendez-vous manqué… Construit à Noisy-le-Grand (93) en un temps record par la RATP entre 1990 et 1993, le mini-métro devait permettre de relier la gare de Noisy Mont d’Est du RER A à un nouveau quartier d’affaires Maille-Horizon-Nord de Seine-Saint-Denis. Mais, celui-ci n’a jamais vu le jour à la suite de la faillite du promoteur immobilier. La petite ligne ne verra jamais passer le moindre voyageur.

    Aujourd’hui, si la plupart des voyageurs du RER A l’ignorent, le mini-métro est toujours là, derrière une simple porte noire, abandonné aux tagueurs et amateurs d’explorations urbaines. Avec ses deux stations, son tunnel de 518 m de long et ses cabines, le site offre un large espace mystérieux.

    Le mini-métro va bientôt rejoindre définitivement les oubliettes de l’histoire des transports publics et du patrimoine ferroviaire de la banlieue parisienne. Une ultime visite a été organisée en octobre 2023. L’ensemble doit devenir prochainement un tiers-lieu de 2 500 m2 baptisé Station K. La municipalité de Noisy-le-Grand a en effet confié à la Société publique locale d’aménagement, d’équipement et de rénovation des communes de Noisy-le-Grand, Gournay-sur-Marne et du territoire Grand Paris Grand Est (Socaren) un important projet de réhabilitation. Le site devrait alors accueillir un restaurant, un espace de bureau partagé, des espaces de loisirs, des évènements culturels récurrents et même un mur d’escalade de 9 m de haut ! Le nouveau lieu doit ouvrir ses portes à l’horizon 2026.

    L’ancien tunnel du mini-métro doit devenir un tiers-lieu à l’horizon 2026. Crédit : © Chris93 – Wikimedia Commons

    Le Téléscaphe de Marseille

    À l’entrée de la calanque de Callelongue, située à l’extrémité sud-est du VIIIe arrondissement de Marseille, dans le quartier des Goude, d’étonnants vestiges témoignent d’une histoire méconnue. Ces restes de mécanismes sont ceux d’un téléphérique sous-marin. Construit dans les années 1960, il fut nommé « téléscaphe », (un engin entre le « téléphérique » et le « bathyscaphe ») par James Couttet, un ancien champion de ski, et Denis Creissels, un ingénieur spécialisé dans la construction de remontées mécaniques.

    Ses cabines vitrées permettaient aux visiteurs de découvrir les fonds marins au cours d’une traversée à dix mètres de profondeur, sur une distance de 500 mètres aller-retour au pied du cap Croisette, le Téléscaphe devait permettre aux visiteurs de découvrir les fonds marins de la baie de Marseille sans se mouiller. Il faut alors débourser 12 francs pour quinze minutes d’immersion. Il en coûterait aujourd’hui environ 75 euros pour un couple avec enfant…

    A l’époque de sa construction, le commandant Cousteau était parvenu à fasciner le grand public avec son film documentaire Le monde du silence, réalisé avec Louis Malle, et sorti en 1956 dans les salles obscures. Il reçut la Palme d’or au festival de Cannes et l’Oscar du meilleur film documentaire. Le film a un retentissement immense et crée un engouement important pour la plongée sous-marine.

    Inauguré le 26 juin 1967, le Téléscaphe accueille près de 30 000 visiteurs en seulement une année d’ouverture. Mais les coûts d’exploitation et d’entretien trop élevés n’ont pas permis à l’entreprise de trouver la rentabilité souhaitée…

    Les vestiges du Téléscaphe. Crédit : © Maviesurmars – Wikimedia Commons